Chers amis,

à l’occasion du festival Travelling, Paris Brest Productions vous présente quelques uns des réalisateurs dont vous dégusterez les films les 12, 13 et 14 Février à Rennes, un charmant village à deux pas de Vezin Le-Coquet.

Aujourd’hui, Parlons du Rosalie, parlons de Sonia… Sonia Larue.

C’était quoi votre point de départ, votre envie ?

Je prends beaucoup de photos. De tout. Des visages, des paysages. Les animaux, j’essaie depuis dix ans mais je suis plus douée pour leur parler que pour les fixer dans leur mouvement incessant. Quand je suis arrivée en Bretagne, photographier n’a pas suffi. J’ai eu besoin de filmer pour m’ancrer ici. Pénétrer plus profondément ces paysages neufs. Et les relier avec mes paysages intérieurs, mon histoire d’avant la Bretagne. Quand nous sommes arrivés dans cette maison du sud Finistère, il y avait une salle de bain ouverte sur le jardin que nous avons repeinte en blanc. L’histoire de Rosalie est partie de là. Du blanc, du miroir et de la nature là dehors, un moment en dehors du temps où les choses que l’on pensait immuables explosent et se recomposent, ailleurs et autrement. Un claquement de doigt et tout a changé.
Et parce qu’un film est toujours une aventure collective intense, c’était aussi une façon de chercher ici, en Bretagne, des compagnons de route en cinéma. Et j’en ai trouvé, des unes et des uns, et on se suit encore.

Vous le referiez, vous changeriez quoi ?

Je n’imagine pas refaire Rosalie s’en va. C’est un moment dans le temps. On ne refait pas une première fois. En tous cas, pas le tournage qui est vraiment un moment unique où l’on tente de fixer le temps mais qu’il ait l’air vivant quand même. En cela, c’est assez magique et inatteignable. En revanche, pour cette même raison, je pourrais sans doute refaire le montage, et, cette fois, ne pas jeter la moitié des rushes ! j’accepte mieux aujourd’hui les imperfections techniques d’un plan, pourvu que dedans il y ait du vivant. Et sur Rosalie, j’ai été un peu sèche. Il y a un plan que je regrette vraiment de ne pas avoir monté, de ne pas avoir tenté plus loin en tous cas. C’était un plan séquence dans la cuisine, entre le père et la mère seuls, entre deux tempêtes, un moment très doux, très triste. Que Rosalie observait cachée et qui déclenchait son départ. J’avais projeté beaucoup de choses dans cette scène. Mais un technicien se reflétait dans la vitre, en plein milieu du plan ! Je n’ai même pas cherché à en sauver un morceau. J’ai tout jeté et j’ai tenté de reconstruire le film avec ce trou béant au milieu. Je me suis toujours demandé si aujourd’hui, je saurais faire autrement.

C’est quoi votre prochain projet. Quelques mots ?

Un film très court, Lettres Rebelles, expérimental dans la forme narrative, qui suit la découverte par une jeune fille du nécessaire combat.
« on a toutes (eu) quelque chose de célestine », un documentaire sur le sentiment de servitude des femmes au travail, issu d’un travail au théâtre avec Erika Vandelet sur un texte de Mirbeau et de rencontres avec des femmes.
Ces deux projets sont en cours de financements, nous avançons ensemble, Olivier ! Et ils cesseront bientôt d’être des projets pour devenir des films.
Et puis en écriture, le scénario d’un long-métrage dans une veine plus proche de Rosalie, Constellations, mêlant famille, terres bretonnes, élements stellaires et musiques. Encore une histoire de soeurs.

Vous vous souvenez de votre premier jour de tournage de votre premier film ?

Je me souviens surtout de cette énergie folle qu’il faut déployer pour arracher le plan au vide. Pour qu’il prenne vie. D’une étincelle qui a lieu en répétition et qu’on cherche en vain à reproduire, et puis une autre étincelle qui a lieu là, quand on repousse la coupure déjeuner depuis 2 heures, que les nuages s’amoncellent et que soudain, le ciel s’ouvre. C’est magique. Epuisant, follement excitant. On devient un peu zinzin !
Je me souviens surtout du tournage de la scène de la salle de bain, quand Rosalie pleure devant le miroir en entendant ses parents hurler. Je voulais voir dans son regard les coups portés sur son corps par les mots de la dispute. J’avais une idée physique de cette scène, et pour que le plan marche, j’ai pensé qu’il fallait absolument tourner l’engueulade en direct, transformer la maison toute entière en décor, in et off. Que la séquence existe à l’image et au son dans un même élan. Alors l’équipe était planquée dans une chambre, la caméra dans la baignoire, le perchman aux pieds de Julie, et les parents, Baptiste et Camille, s’engueulaient dans la cuisine en bas, en direct, avec des micros; Et ils savaient que de la violence de leurs échanges dépendait la réaction de Julie, presque toute seule dans la salle de bain à l’étage, devant son miroir. C’était si dense que lorsque la scène s’est terminée, nous l’avons tournée deux fois, nous avons tous du nous consoler les uns les autres. Je garde du tournage de cette scène un souvenir unique. Fondateur.